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Sébastien carré : rencontre avec le bijou contemporain

sebastien-carreQuestionner le rapport au corps, jouer avec les matières, créer des œuvres d’art… C’est en quelque sorte le travail de Sébastien Carré. Dans une interview exclusive pour Les Pulpeuses, ce bijoutier d’art, célèbre à l’international, se livre un peu à nous… Et c’est Laura, notre chroniqueuse experte en art contemporain, qui a eu la chance de le rencontrer.

laura parisot« Salut toi ! Tu profites bien de l’automne, et de te balader dans les jolies feuilles mortes ? Pour ma part, j’adore cette saison, et toutes les couleurs qui tapissent le paysage. De belles sources d’inspiration, j’adore 🙂 Ce mois-ci j’ai décidé de rencontrer pour toi, Sébastien Carré, je vais tout de suite te présenter ce célèbre bijoutier d’art. » – Laura

Laura : En 2016, surtout dans le domaine de l’art, les gens ont du mal à qualifier les artistes, à déterminer une « profession ». Alors, c’est la première question que je te pose. Comment te qualifies-tu, toi qui travailles dans le domaine du bijou ?

ohmygod-sebastiencarreSébastien Carré : C’est vrai, qu’il est difficile d’intégrer que le bijou puisse être un médium à part entière en France. Quand nous pensons, au bijou, on le perçoit au départ comme un élément décoratif qui vient compléter la tenue. C’est ce qu’on appelle du bijou fantaisie. Ensuite, il y a la Haute Joaillerie, tu peux notamment en voir dans toutes les boutiques de la place Vendôme. Tu peux également trouver les bijoux de créateurs, pour laquelle la créativité est plus importante, en proposant un design contemporain et des prix accessibles.

Pour ma part, je suis dans un autre domaine, celui du bijou d’art, dans lequel la valeur artistique et conceptuelle compte beaucoup. Certains artistes vont même jusqu’à réaliser des bijoux quasi importables. En questionnant le rapport au corps, le bijou d’art quittera ainsi l’espace du musée, d’une galerie, en trouvant un nouvel espace d’exposition, celui du corps, qui n’a jamais connu une telle mise en valeur que dans notre société de l’image.

Laura : Depuis quand fabriques-tu tes bijoux et où as-tu appris ? (même si j’ai une petite idée sur la question 😉)

diversiscaladiuva-sebastiencarre-2Sébastien Carré : J’ai été diplôme en juin 2014, après 5 ans d’études à la Haute Ecole des Arts du Rhin (HEAR), là où nous nous sommes rencontrés Laura. J’ai choisi l’atelier de bijou contemporain, qui est l’un des deux seuls ateliers dans des écoles d’arts publiques. Je dois avouer qu’au début, ça m’a pris un petit peu de temps pour comprendre le potentiel du bijou comme forme artistique. Mais cet atelier marche très bien à l’international, j’ai très rapidement fait des expositions et c’est là que j’ai eu le déclic. En plus, toutes les matières peuvent être employées pour créer du bijou. Je n’ai pas été bloqué par des matières ou techniques classiques au bijou. C’est également grâce à mon Erasmus à l’Escola Massana de Barcelone, que j’ai réussi à gagner en autonomie, cela m’a vraiment aidé pour la suite professionnelle.   

Laura : Quelles sont tes sources d’inspiration ? Ce que tu veux véhiculer à travers tes bijoux ?

le-reveil-de-dunn-sebastien-carreSébastien Carré : Dès mes premières collections, j’ai commencé à créer des objets en lien avec différentes parties du corps humain. J’ai ensuite été diagnostiqué d’une maladie de Crohn et j’ai créé mon diplôme autour de ces représentations. J’ai un fort intérêt pour l’intérieur du corps et ce qui se passe en nous. L’importance des bactéries qui nous peuplent, et cela a remis en question mon point de vue sur le monde. Mes bijoux sont devenus de plus en plus abstraits entre des paysages et des organismes, chacun l’interprète comme il veut. Le mélange des matières (animales, végétales, minérales) montre que nous sommes tous liés les uns aux autres.

Laura : Je sais que tu as gagné de nombreux prix, et que ton travail plaît beaucoup. Raconte-nous un peu ces jolies aventures.

Sébastien Carré : Après avoir obtenu mon diplôme, je me suis dit que la meilleure façon de me faire connaître serait de participer à des concours. En 2015, j’ai donc remporté 3 prix : Prix international du bijou contemporain par Giolli in Fermento, Prix de la Jeune Création Métiers d’art par Ateliers d’Arts de France et Prix du public et du jury pour « The Legacy Awards » par la galerie Alliages.

En juin 2016, j’ai également remporté le prix pour les Arts de l’Académie Rhénane et la seconde place du prix ENJOIA’t pour le bijou d’art. J’ai également été finaliste pour de nombreux prix…

Ces prix m’ont permis de me faire connaître et je suis désormais invité par des institutions pour exposer

Laura : Je crois que tout cela t’a beaucoup fait voyager. Quelles sont les rencontres qui t’ont le plus marqué ?

cultural-cycle-sebastiencarreSébastien Carré : En effet, je ne m’attendais pas vraiment à cela en débutant mes études, mais le domaine du bijou d’art est très actif à l’international. J’ai eu l’opportunité de visiter de nombreuses villes comme : Amsterdam, Bucarest, Milan, Munich, Nijmegen. Mais en fait, mes pièces voyagent plus que moi (sourire) en passant par Chicago, Isola, New York, Rome, Trieste ou Singapour.

Concernant les rencontres c’est difficile de choisir parmi tant d’expériences magiques. C’est parfois, lorsque je rencontre une personne dont j’admire le travail depuis longtemps, où les personnes ayant une histoire personnelle similaire à la mienne et qui viennent me remercier de leur faire percevoir notre condition comme une richesse.

Je dois par contre avouer que je suis toujours très gêné, quand les gens me reconnaissent lorsque je visite des expositions, je reste très timide. Je ne m’attendais pas à ce que le bijou contemporain puisse provoquer ce genre de notoriété.

Laura : J’ai pu constater que tu étais de temps en temps commissaire d’exposition (= c’est celui qui choisit les artistes pour les expositions) ? Comment vis-tu la chose ?

identite2-sebastiencarreSébastien Carré : En effet, pour l’exposition « Transmission » à Montpellier en 2015, cette première expérience a été très formatrice. Nous avons regroupé 53 artistes de 21 pays à la galerie Studio 411. J’ai appris que cela demandé beaucoup d’organisation, de travail logistique et de communication. J’ai appris que sans l’appui d’une institution avec une équipe pour gérer un aussi gros projet, il valait mieux rester sur des projets plus modestes avec seulement une dizaine d’artistes. La sélection des artistes et de plus en plus difficiles et fait parfois des vexés parmi certains camarades. Mais je pense qu’il faut rester très pointu afin de communiquer un message cohérent pour le public.

Laura : Sur quoi travailles-tu en ce moment ? Quels sont tes futurs projets ?

Sébastien Carré : Pour le moment, je continue à me présenter à de nombreux concours. Je prépare également une nouvelle exposition dont je suis le commissaire et qui aura lieu sur Paris en 2017. Concernant mon travail, j’espère que l’intérêt restera constant et que je vais réussir à tenir le rythme… Car, même si je travaille tous les jours ou presque, mes pièces sont très longues à réaliser.sebastien-porte-verte

Laura : Si tu devais dire un petit mot, pour toutes les lectrices qui nous suivent, qu’est-ce que tu voudrais leur dire ?

Sébastien Carré : Je voudrais leur dire que nous sommes tous liés et que d’un point de vue physiologique, la couleur de peau, le sexe, le genre…tout cela à peu d’importance. C’est ce que j’essaie de faire ressortir dans mes dernières œuvres constituées d’un mélange de matières. Mélangeons-nous ! La rencontre est une aventure !visceral-sebastiencarre



Pour en savoir sur Laura

laura parisotLaura en connait pas mal sur la question en matière d’Art, d’Artisannat et de Mode. Elle a créé sa propre marque de bijoux contemporains. N’hésite pas à visiter son site et t’abonner à sa page Facebook.

 

 

Les Pulpeuses

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